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Enquête nationale d’activité
des experts judiciaires

par Marc GIRARD
DEA de mathématiques
Docteur en médecine
  par Olivier Girard
Ingénieur ENSAM

Matériel et méthode

Les questionnaires ont été diffusés par la revue Experts (n° 57, déc. 2002) et collectés jusqu’au 31-01-03. Parmi les 385 questionnaires reçus, 382 ont été considérés comme exploitables (erreur sur la période d’activité : n = 1 ; domaine d’activité non spécifié : n = 2).

L’analyse s’est limitée aux statistiques descriptives simples : moyenne, valeurs extrêmes et, dans certains cas de forte dispersion, médiane. Pour quelques items, certaines valeurs extrêmes (dûment spécifiées dans les tableaux récapitulatifs) ont été négligées afin qu’elles ne pèsent pas trop artificiellement sur les résultats moyens. À l’inverse, 15 des répondants (4 %) font état d’une totale inactivité expertale, qu’elle soit judiciaire ou privée : il a été décidé d’inclure cet effectif dans les statistiques d’activité, tout en sachant que ce choix contribue à faire légèrement baisser les moyennes.

Compte tenu de l’hétérogénéité des résultats d’une année sur l’autre, aucune comparaison systématique n’a été entreprise entre les différentes enquêtes disponibles.


Résultats

Caractéristiques socio-démographiques

L’origine géographique des questionnaires est récapitulée dans le Tableau 1.
Globalement, le pourcentage des experts inscrits depuis dix ans et plus est exactement le même que celui des experts inscrits depuis moins de dix ans.

Les domaines d’activité sont récapitulés dans le Tableau  2, qui fait apparaître, comme lors des enquêtes précédentes, la prédominance du Bâtiment-Travaux publics (32 % des experts ayant répondu au questionnaire), suivi par la Santé (13 %), la Comptabilité (11 %) et l’Industrie (10 %) ; Assurances, Commerce, Communication et Droit du Travail sont les spécialités les moins représentées (<1 %).

Origine des expertises judiciaires

Dans cette enquête, les missions judiciaires sont, de loin, la source la plus importante de l’activité expertale. Il existe toutefois une petite minorité d’experts qui affichent une activité de missions exclusivement privées, notamment chez les traducteurs (15 % des experts de cette activité qui ont répondu au questionnaire), les comptables (14 %) et dans la spécialité Transports (10 %)1.

La répartition par type de juridiction des expertises est donnée dans le Tableau 3, qui montre la prédominance globale des TGI pour la plupart de nos spécialités. Dans les activités où le nombre de réponses est suffisant pour conférer quelque signification aux pourcentages, les missions pénales se retrouvent surtout dans les domaines de la Santé (32 % des missions judiciaires dans cette catégorie d’activité), de l’Art (29 %), de l’Industrie (22 %), de la Traduction (22 %) et de l’Informatique (22 %) ; les tribunaux de commerce sont demandeurs surtout pour la Comptabilité (28 % des missions judiciaires dans cette catégorie d’activité), l’Informatique (22 %) et les Transports (20 %) ; les missions des tribunaux d’instance concernent principalement les Géomètres experts (27 % des missions judiciaires dans cette catégorie d’activité) et l’Agriculture (24 %). Sauf pour les Traducteurs (16 % des missions judiciaires dans cette catégorie d’activité), les Géomètres experts (12 %) et l’Art (10 %), les missions des Cours d’appel comptent en moyenne pour moins de 10 % de notre activité. On retrouve encore les Géomètres (15 % des missions judiciaires dans cette catégorie d’activité) pour les médiations ordonnées par une instance judiciaire.

Missions privées et activité de conseil

Le questionnaire utilisé était peu informatif pour l’activité non judiciaire, mais permet de reconstituer que les missions privées concernent essentiellement la spécialité Immobilier (27 missions en moyenne). Les missions de conseil «Autres» échoient également à l’Immobilier (53 missions en moyenne), à la Santé (20 missions), aux Géomètres (19 missions) et aux Transports (11 missions). La signification statistique de ces moyennes est nulle, car elles proviennent pour l’essentiel de quelques individus qui affichent à eux seuls plusieurs centaines de ces missions (probablement sur ordres de compagnies d’assurances).

Déroulement et coût des missions

Il existe une bonne corrélation entre le nombre de désignations judiciaires et le nombre de rapports déposés dans l’année. Les plus actifs des répondants sont les médecins (18 rapports déposés en moyenne), mais leurs missions sont parmi les plus brèves (4 mois en moyenne) et les moins chères (861 € en moyenne). Les expertises les plus onéreuses sont celles des informaticiens (4 116 € en moyenne) et des Transports (4 106 €) ; les plus longues sont celles des comptables (9 mois en moyenne). Les coûts horaires les plus faibles sont ceux des traducteurs, mais ceux-ci ont le plus souvent répondu pour cet item en donnant le prix d’une page. Pour le reste, les prix horaires moyens sont relativement homogènes entre les divers domaines d’activité, allant de 65 € pour l’agriculture à 78 € pour les médecins. Au travers de divers domaines d’activité et malgré des prix horaires relativement superposables, il n’existe curieusement pas de corrélation nette entre la durée moyenne et le coût moyen d’une expertise. L’ensemble de ces données est récapitulé dans le Tableau 4.

Discussion

Le principal problème posé par ce type d’enquête est celui de la représentativité des répondants : il peut s’agir, par exemple, des moins occupés de nos confrères, ou encore de ceux qui ont l’activité la plus homogène car ce type de questionnaire est très difficile à remplir pour les experts dont les missions sont diverses avec, comme c’est le cas pour l’un des auteurs (MG), une variabilité d’au moins 1 à 200 en temps et coût selon les missions.

On peut également se demander si les répondants qui affichent une inactivité expertale complète sont, ou non, représentatifs et s’il convient, à ce titre, de les inclure dans l’analyse.

En l’occurrence également et par comparaison avec un taux de réponse plus élevé lors de l’exercice 2000-2001, on peut présumer que nombre d’experts normalement rodés, ayant momentanément perdu leurs repères statistiques en raison du passage à l’euro, n’ont pas pris le temps de répondre. Cette situation exceptionnelle justifie aussi une certaine prudence dans l’interprétation des résultats, certains experts ayant probablement commis des erreurs de conversion : il est, par exemple, invraisemblable que des tribunaux d’instance aient admis des coûts horaires de 500 à 600 e et, dans des situations aussi caricaturales, de telles données (heureusement rares) ont été purement et simplement écartées de l’analyse.

La vérification de saisie, enfin, fait apparaître des erreurs probables ou des ambiguïtés inhérentes aux imperfections mêmes du questionnaire. En tout état de cause, l’hétérogénéité des réponses d’une année sur l’autre appelle un affinement de la procédure de sondage.

Conclusion

Malgré ses imperfections, cette troisième enquête fournit un éclairage probablement utile sur l’ensemble de notre activité expertale. Pour améliorer la fiabilité d’un tel survol, il convient désormais d’affiner le questionnaire proposé à nos collègues et d’accroître notre effort de sensibilisation afin d’augmenter le taux de réponse, partant de la représentativité des données ainsi collectées.

1. Il convient toutefois de noter que le questionnaire ne permettait pas de distinguer clairement les missions de sapiteur des missions strictement privées : les pourcentages sont donc à interpréter avec prudence.

 

Tableau 1 :
Origine géographique
des questionnaires d'activité

Cour d'appel
%
Versailles
44
12 %
Lyon
33
9 %
Rennes
28
7 %
Paris
25
7 %
Rouen
19
5 %
Poitiers
18
5 %
Aix-en-Provence
17
4 %
Colmar
17
4 %
Montpellier
17
4 %
Nîmes
17
4 %
Limoges
15
4 %
Douai
12
3 %
Grenoble
12
3 %
Toulouse
12
3 %
Bordeaux
11
3 %
Orléans
10
3 %
Agen
9
2 %
Riom
9
2 %
Bourges
7
2 %
Nancy
7
2 %
Pau
6
2 %
Angers
5
1 %
Caen
5
1 %
Reims
5
1 %
Amiens
3
1 %
Chambéry
3
1 %
Dijon
3
1 %
Basse-Terre
2
1 %
Besançon
2
1 %
Fort de France
2
1 %
Papeete/Tahiti
2
1 %
Metz
1
<1 %
Saint-Denis
de la Réunion
1
<1 %
Non spécifié
3
<1 %
TOTAL
382
100 %

 

Tableau 2 :
Domaine d'activité des experts ayant répondu
au questionaire

Domaine d'activité
Nbre de réponses
Agriculture - Activités rattachées
24
Art - Activités rattachées
11
Assurances
2
Bâtiment - Travaux publics - Activités rattachées
123
Commerces - Entreprises
2
Communication
3
Comptabilité - Économie - Finances - Fiscalité
42
Environnement
5
Géomètres experts
13
Immobilier
21
Industrie - Activités rattachées
39
Informatique - Électronique - Télécommunication
11
Santé
50
Traducteurs - Interprètes
13
Transports - Activités rattachées
20
Droit du travail - Sécurité sociale
3
TOTAL
382

Tableau 3 : Origine des missions judiciaires
ou de portée juridictionnelle

Domaine d'activité
Nombre
de réponses
Nombre
d’expertises*
Valeurs
exclues
Juridiction (en pourcentages)**
CA
TGI
TI
JI
TC
PH
TA
M
Agriculture - Activités rattachées
24
5,0 [5, 0-12]
41
2
54
24
3
7
3
4
2
Art - Activités rattachées
11
18,3 [13, 0-78]
-
10
41
14
29
1
0
3
0
Assurances
2
17***
-
12
24
0
0
35
0
0
29
Bâtiment - Travaux publics - Activités rattachées
123
15,2 [11, 0-83]
222
3
69
16
2
6
1
4
0
Commerces - Entreprises
2
0
-
0
0
0
0
0
0
0
0
Communication
3
5,0 [5, 2-8]
-
0
33
0
7
53
0
0
7
Comptabilité - Économie - Finances - Fiscalité
42
8,3 [7, 0-36]
-
9
34
11
5
28
9
2
2
Environnement
5
5,2 [6, 0-9]
-
15
54
8
0
19
0
4
0
Géomètres experts
13
13,2 [7, 1-39]
-
12
55
27
1
4
0
2
15
Immobilier
21
18,8 [16, 0-49]
-
7
65
4
1
16
0
7
0
Industrie - Activités rattachées
39
13,2 [7, 0-95]
-
2
54
10
22
12
4
1
0
Informatique - Électronique - Télécom.
11
12,2 [9, 1-29]
-
3
39
10
22
22
2
2
0
Santé
50
19,0 [5, 0-107]
330
3
46
11
32
1
2
3
2
Traducteurs - Interprètes
13
9,7 [8,5, 0-27]
926
16
53
0
22
4
0
0
0
Transports - Activités rattachées
20
6,4 [5, 0-27]
-
8
44
13
8
20
4
1
2
Droit du travail - Sécurité sociale
3
10,3 [14, 0-17]
-
26
6
0
0
0
45
0
16
* moyenne [médiane, extrêmes]
** CA = cour d’appel ; TGI = tribunal de grande instance ; TI = tribunal d’instance ; JI = juge d’instruction ;
TC = tribunal de commerce ; PH = prud’hommes ; TA = tribunal administratif ; M = médiation
*** une seule réponse pour ce domaine d’activité

Tableau 4 : Déroulement et coût moyens des expertises judiciaires

Domaine d'activité
Nombre
Durée
Coût*
Prix/h*
Délai
consignation
Délai
Taxation
Agriculture - Activités rattachées
4
8
2 622 [685-12 000]
65 [43-92]
4
5
Art - Activités rattachées
16
5
1 099 [230-4 500]
76 [45-95]
4
12
Assurances
17
4
1 200**
58**
8
8
Bâtiment - Travaux publics - Activités rattachées
13
8
2 117 [650-10 670]
70 [37-105]
5
7
Commerces - Entreprises
-
-
-
-
-
-
Communication
2
6
3 075 [2 800-3 350]
71 [60-77]
7
6
Comptabilité - Économie - Finances - Fiscalité
6
9
3 236 [500-10 000]
73 [40-100]
5
5
Environnement
3
7
5 175 [1 500-10 000]
90 [53-150]
3
5
Géomètres experts
11
7
1 789 [1 054-3 500]
58 [50-76]
6
5
Immobilier
15
5
1 601 [1 000-2 750]
74 [58-100]
5
8
Industrie - Activités rattachées
11
6
3 052 [500-40 000]
69 [40-100]
4
9
Informatique - Électronique - Télécommunication
10
7
4 116 [1 395-10 443]
72 [52-92]
3
7
Santé
18
4
861 [45-8 000]
78 [45-100]
6
9
Traducteurs - Interprètes
5
1
77 [16-180]
13*** [11-17]
2
13
Transports - Activités rattachées
6
7
4 106 [500-30 000]
71 [38-100]
4
10
Droit du travail - Sécurité sociale
3
4
2 300**
70 [60-80]
4
4
* moyenne [extrêmes]
** une seule réponse pour ce domaine d’activité
*** il s’agit le plus souvent du prix par page