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Maladies de société
Jeudi, 14 Décembre 2017 10:51

Colloque organisé par la Compagnie Nationale des Experts de Justice Médecins (CNEMJ), le 18 novembre à Marseille

 

L’accueil chaleureux au Sofitel Vieux-Port a eu lieu sous un soleil automnal radieux, pénétrant agréablement dans la salle de réunion et dans le restaurant avec vue panoramique sur Notre-Dame-de-la-Garde et le Vieux-Port. Le choix du thème était osé car ces « maladies de société » ont une définition encore mal cadrée, et pourtant elles correspondent à une souffrance bien réelle des patients qui en sont atteints.

 

Après les propos introductifs en particulier de Madame la Présidente de la Cour administrative d'appel qui a ouvert le colloque, et ceux de Monsieur le Procureur général d’Aix-en-Provence qui a fait allusion à la difficile mais indispensable indemnisation des victimes d’attentats, surtout quand elles souffrent de retentissement psychologique « invisible » et quand elles sont mineures, le Professeur Patrick Légeron a lancé le sujet ; psychiatre, co-rapporteur de ce thème devant l’académie de médecine en février 2016, il a brillamment abordé le « burn-out », soulignant d’emblée l’absence actuelle de définition clinique claire mais reconnaissant que les patients qui en sont atteints sont en état de grande souffrance, avec un début très progressif (et c’est là tout l’intérêt d’une prévention pour empêcher le développement du « mal-être »), un état d’épuisement, une altération des capacités émotionnelles, et une atteinte de l’estime de soi, entraînant une incapacité de se rendre à leur travail pendant une durée dépassant souvent une année.

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Le « mal de dos » a ensuite été abordé sous l’angle du médecin rééducateur ; grâce à l’imagerie, de nombreuses causes peuvent être mises en évidence, mais ces images sont loin d’expliquer tout le retentissement psycho-socio-professionnel dans bon nombre de cas.

 

La « fatigue chronique » et la « fibromyalgie » ont été présentées sous l’angle de la psychiatrie et de la rhumatologie ; ces pathologies ont des contours très flous, même si certains organicistes ont décrit et reconnu les fameux « 18 points » douloureux de la fibromyalgie.

 

Le Professeur Jean Naudin, psychiatre, alias « médecin Columbo » comme il se présente lui-même, nous a emmenés enquêter sur ces maladies curieuses qui ne sont ni vraiment organiques ni vraiment psychiques et qui pourraient exprimer le désarroi des plus faibles qui n’ont plus de repère, sont en quête de « héros » et en souffrent, la pathologie s’exprimant au gré des ouvertures données par la médecine et par la société. La médiatisation favorise leur développement et leur nombre participe à alimenter de nombreuses consultations, à ouvrir des postes de praticiens hospitaliers dans les centres de prises en charge comme ceux dédiés à la douleur et qui font recette.

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À la question : « Reconnaissez-vous le diagnostic de fibromyalgie post-traumatique ? », le Docteur Daoud, rhumatologue, donne une réponse négative et passe la main au psychiatre, lequel avance que ce diagnostic ne relève pas de son domaine…

 

Le médecin en chef Fréderic Paul, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Laveran à Marseille, nous a ensuite relaté avec une grande pertinence son vécu des syndromes post-traumatiques après les opérations militaires en Afghanistan entre autres, soulignant l’importance des réminiscences après un trauma violent.

 

Le point de vue pratique et le dernier mot revient à la Cour de cassation qui, dans l’arrêt n° 774 du 19 mai 2016 (15-16.784) - Cour de cassation - deuxième chambre civile a précisé : « […] Qu’en se prononçant ainsi, en prenant en considération une pathologie préexistante à l’accident, pour limiter l’indemnisation de la perte de gains professionnels futurs, sans pour autant constater que, dès avant le jour de l’accident les effets néfastes de cette pathologie s’étaient déjà révélés, la cour d’appel n’a pas légalement justifié sa décision ».

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En l’absence de pathologie préexistante reconnue, la réparation du préjudice doit donc être intégrale.

 

L’après-midi a ensuite été consacré à un état des lieux et aux évolutions législatives récentes concernant la justice administrative avec en particulier la conciliation ; différents points de vue ont été exprimés par avocats, experts et magistrats des juridictions judiciaire et administrative, donnant un panorama des évolutions actuelles et aussi des interrogations qui persistent.

 

Maître Patrick de Fontbressin a présenté synthèse et conclusion, soulignant la faillite actuelle des idéaux, avançant l’idée que la Société pourrait peut-être retrouver confiance grâce aux outils du Droit, citant le Doyen Jacques Mestre qui publiait en 2006 : Le meilleur est Avenir.

 

 

Mary-Hélène Bernard

Mise à jour le Vendredi, 15 Décembre 2017 08:43