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La sécurité des aliments : Quel regard du consommateur ? Quelles perspectives ?
Jeudi, 15 Février 2018 11:32

« Les matinales » de la CEPAA, le 22 novembre 2017 au restaurant « un dimanche à Paris »

 

 

Présidée par Gérard Vincent, la Compagnie  nationale  des Experts  de  justice en Productions Agricoles et  agro-alimentaires, Activités environnementales et horticoles (CEPAA) est une compagnie nationale qui regroupe des experts judiciaires inscrits sur les listes des cours d’appel, les cours administratives d’appel et la Cour de cassation. Créée en 1991, elle est adhérente au Conseil national des compagnies d’experts de justice (CNCEJ) et à l’Union des compagnies d’experts près la cour d’appel de Paris (UCECAP). Forte de 52 membres, les activités représentées prennent leurs racines dans le monde agricole, dans ses productions et dans ses produits. Multidisciplinaire, la compagnie rassemble des experts exerçant des activités agricoles, horticoles, sylvicoles ; des experts de l’agro-alimentaire, de l’hydraulique, du machinisme, des pollutions agricoles et de la dépollution, des œnologues… La compagnie rassemble aussi des experts du foncier agricole, des milieux naturels et de la faune sauvage, de l’environnement et de la santé animale.

 

La matinée du 22 novembre a réuni autour de 3 intervenants, une trentaine d’experts, le vice-président Alain Paturel animant les débats.

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Pascale Hébel, du CREDOC (organisme d’enquêtes et de statistiques, Association Loi 1901) – http://www.credoc.fr/

 

Il ressort d’enquêtes de grande ampleur que les français mettent en tête pour leur alimentation la sécurité et l’hygiène et, alors qu’il y avait peu de médiatisation avant les années 90, la crise de la vache folle de 1996 a mobilisé le consommateur et l’a fait réagir ; cela a induit de nombreux progrès (création de l’ANSES, traçabilité des produits) ; en 2013, la crise de la fraude à la viande de cheval a suscité une vive émotion, alimentant une peur chez le consommateur ; alors que les risques liés à l'alimentation sont faibles, le sujet occupe la deuxième position parmi les inquiétudes des Français, derrière les accidents de la route et devant le risque nucléaire. La correction écologique est arrivée en France et le « bio » rassure le consommateur qui plébiscite l’aliment « bio » ; ce n’est pas l’agriculteur qui est mis en cause par le consommateur français, mais l’industrie et la grande distribution. Les très jeunes sont sensibilisés dès l’école et ils seront formatés pour leur vie d’adulte. La société française n’est pas dans le raisonnement mais dans l’émotionnel.

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Jean-Paul Bordes, d’ARVALIS (Institut du végétal) – https://www.arvalisinstitutduvegetal.fr/index.html

 

La pomme de terre, qui est un produit qui arrive à l’état naturel directement au consommateur sans transformation par les industriels, a été prise pour exemple pratique ; autrefois, elle était couverte de terre, maintenant  elle est nettoyée, rendue « présentable », mais des défauts peuvent être alors plus apparents et l’aspect extérieur est à nouveau critiqué par les consommateurs, poussant les producteurs de pommes de terre à trouver des traitements adaptés pour éliminer ces maladies de surface, non préjudiciables et sans risque pour le consommateur ; rentrant alors à nouveau dans la recherche de nouveaux traitements qui polluent de façons diverses sa croissance. La loi du marché est telle que c’est une course pour obtenir la satisfaction du consommateur.

 

Réflexion à partir de la diffusion télévisuelle d’une enquête mettant en évidence quelques picogrammes d'un produit phytosanitaire retrouvés dans une analyse de cheveux, le risque apparaissant en fait infinitésimal quand on le rapporte à la quantité réelle.

La conclusion serait de prendre, non l’annonce du risque brut, mais de le rapporter à la dimension réelle du risque et d’en faire un débat de société.

 

François-Henri Bolnot, vétérinaire, professeur à l’ENVA (École Nationale Vétérinaire d’Alfort) – http://www.vet-alfort.fr/

 

Du point de vue du vétérinaire, la sécurité et la traçabilité n’ont jamais été aussi grandes mais la communication est mauvaise, et le ressenti du consommateur est d’ordre émotionnel avant tout.

 

Par ailleurs, il existe un problème de moyens et certains postes de contrôle ont été supprimés obligeant à faire des contrôles d’échantillons aléatoires avec une fiabilité d’échantillonnage laissant parfois à désirer.

L’avenir devrait permettre une meilleure maîtrise, influencée par l’évolution européenne, avec un étiquetage plus fiable. Cela est encore parfois défaillant comme pour l’abattage « halal »,  nécessaire pour 80 % de la viande bovine ou ovine mais qui peut être pratiqué sur l'ensemble de ces animaux car il serait trop coûteux de changer le type d’abattage pour uniquement 20 % de la production.

 

À propos de l’expert judiciaire dans ces domaines vétérinaires, mais aussi dans tous les compartiments des activités en lien avec les productions végétales, l’intervenant a clairement insisté sur le rôle efficace des experts de partie – sollicités par les avocats –,- qui ont les compétences requises pour rendre des avis éclairés sur les contentieux opposant les parties.

D’importants problèmes de différences de normes selon les pays sont à l’origine de discordances dans le suivi européen des marchandises (exemple de différents seuils de températures pour les camions frigorifiques) et une harmonisation serait souhaitable.

 

À la suite de ces trois interventions, une discussion animée a eu lieu, reconnaissant une véritable « prise de pouvoir » par le consommateur et aussi une efficacité grandissante des réseaux sociaux dont l’influence est énorme dans un pays où les citoyens réagissent plus en fonction de l’émotionnel qu’en fonction de la preuve scientifique.

 

 

Mary-Hélène Bernard