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La performance énergétique en expertise construction
Lundi, 17 Octobre 2016 12:42

Congrès national de la Compagnie française des experts construction (CFEC), le vendredi 3 juin 2016 à la Cité de l'architecture (Paris)

 

 

En France, le bâtiment est le secteur qui consomme le plus d’énergie (42,5 % de l’énergie finale totale) ; et il génère près d’un quart des émissions nationales de CO2. La facture annuelle de chauffage représente 900 euros en moyenne par ménage, avec de grandes disparités (de 250 euros pour une maison « basse consommation » à plus de 1 800 euros pour une maison mal isolée).

 

Dans le cadre de la réduction nationale des émissions de gaz à effet de serre et de la dépendance énergétique, la maîtrise des consommations d’énergie dans le bâtiment est donc un enjeu important. Selon le ministère de l'Environnement, depuis la mise en place d’une réglementation thermique (RT), en 1974, à la suite du premier choc pétrolier, la consommation énergétique des constructions neuves a été divisée par 2. La dernière réglementation thermique en date, dite RT 2012, est censée permettre de la diviser à nouveau par 3.

 

Pour atteindre cet objectif, le plafond de 50 kilowatt/heure d’énergie primaire par m² et par an, valeur moyenne du label « bâtiments basse consommation » (BBC), est devenu la référence dans les constructions neuves.

 

« Le ministère de l'Environnement vante les mérites des réglementations thermiques successives qui ont permis de réduire la consommation énergétique. Mais il n'indique nulle part qu'une nouvelle réduction (NDLR : comme celle prévue dans la RT 2012) repose au moins à 60 % sur un changement de mode de vie », souligne Olivier Bodin, président de la Compagnie française des experts construction (CFEC).

 

Cette disparité entre les données obtenues par un calcul basé sur un mode de vie idéal et ce qui se déroule dans la « vie réelle » a été au cœur des discussions du congrès national de la CFEC, qui s'est tenu le vendredi 3 juin 2016 à la Cité de l'architecture.

 

Selon Olivier Bodin, avec la RT 2012, en matière de performance énergétique, la tâche des experts construction va être singulièrement compliquée par trois facteurs :

 

  • l'influence déterminante de la manière dont l'ouvrage est utilisé par l'occupant du logement ;

  • l'absence d'outils ou de méthodes normalisés de métrologie, qui permettraient de vérifier la qualité intrinsèque de l'ouvrage en matière de performance énergétique, en faisant totalement abstraction de la façon de l'utiliser ;

  • les exigences purement conventionnelles de la RT 2012, qui sont très éloignées des modes de vie réels.

 

« Pour faire face à ces difficultés nouvelles, nous allons devoir faire preuve de pédagogie, voire de diplomatie, face aux déclarants qui vont constater qu'ils ont une facture d'énergie nettement supérieure à ce qu'ils espéraient, en tout cas aux 50 kWhep par m2 et par an qu'ils ont pu lire sur un panneau publicitaire. Pour l'instant, nous avons peu de moyens pour développer cette pédagogie », explique Olivier Bodin.

 

Selon lui, lorsque les experts en construction seront appelés à analyser les déclarations de défaut de performance énergétique, ils devront « expliquer aux déclarants que même en changeant radicalement de mode de vie, il sera pratiquement impossible d'atteindre ces 50 kWhep ».

 

Emmanuel Acchiardi, architecte, urbaniste en chef de l'État et sous-directeur à la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP) en charge de la qualité et du développement durable dans la construction, a annoncé que la DHUP menait des travaux pour améliorer la connaissance de la performance intrinsèque d'un bâtiment.

 

Dans cette future étude, la performance énergétique serait examinée trois fois : une première avec le calcul conventionnel, fait avant la conception ; puis une nouvelle fois lorsque le bâtiment est construit, en se basant sur un occupant idéal, qui respecterait les standards prévus par la RT 2012 (il chauffe le logement à 19°C et non à 20, 21 ou 22°C, prend une douche qui ne dure pas trop longtemps, etc.) ; enfin, un dernier examen énergétique aurait lieu après l'installation de l'occupant du logement.

 

« On va sans doute obtenir trois valeurs différentes », note Emmanuel Acchiardi. « Notre volonté est d'analyser ces trois valeurs, et essayer de les rapprocher. Avec cela, les experts pourront s'appuyer sur des éléments objectifs. Et grâce à ces calculs, il y aura aussi un aspect plus pédagogique lors des échanges avec les occupants des logements, qui bénéficieront de données claires. »

 

Depuis 1992, le CRÉDOC réalise des études afin de savoir si les Français se préoccupent de l'environnement. L'organisme d'études et de recherche a noté une évolution graduelle. En 2015, selon leurs statistiques, 75 % des Français se disaient sensibles à l'environnement. Mais cet intérêt n'entraîne pas nécessairement un changement de mode de vie ou de paradigme. « En terme de logement, on constate une intériorisation d'une série de pratiques, comme le fait de laver le sol régulièrement, ou d'aérer son logement », analyse Lucie Brice, chargée d'études et de recherche au CRÉDOC. « Beaucoup de personnes arrivent dans un logement sans en avoir toutes les clés d'interprétation, de fonctionnement, sans avoir lu la documentation avec les recommandations, par exemple de ne pas laver tel type de sol, ou lorsqu'il y a de la VMC (NDLR : ventilation mécanique contrôlée) double flux, de ne pas nécessairement ouvrir la fenêtre car c'est déjà aéré. Les occupants vont alors être déboussolés, et peuvent considérer que leur logement est déficient. »

 

Pascal Gontier, architecte, souligne que son métier « n'est pas de dire aux gens la manière selon laquelle ils doivent vivre ». « Si les gens décident d'ouvrir la fenêtre la nuit, cela peut être pour de bonnes raisons, physiologiques ou autres, comme vouloir regarder les étoiles le soir ou entendre les oiseaux... En revanche, je peux créer les conditions pour qu'ils ne soient pas obligés d'ouvrir les fenêtres par nécessité, par exemple parce qu'ils ne respirent pas correctement avec la fenêtre fermée. Il faut construire des bâtiments suffisamment confortables pour que les gens ne soient pas obligés de s'affranchir du modèle établi », note l'architecte.

 

 

Yohan Vamur

Mise à jour le Lundi, 17 Octobre 2016 12:49