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À propos du rififi
Vendredi, 15 Décembre 2017 08:51

Par Bernard Peckels

Fondateur de la Revue EXPERTS

 

 

Dans le numéro d’octobre 2017, Mary-Hélène BERNARD, rédactrice en chef de la Revue EXPERTS, a signé un papier intitulé « Du rififi à la Revue ! ».

 

Sans rentrer dans le détail, cet article fait état de récents événements mettant en cause le Conseil national des compagnies d’experts de justice (CNCEJ) et la Revue EXPERTS. Compte tenu du caractère inhabituel de ce genre de message il est vraisemblable qu’il ait pu être jugé inadmissible par certains et insuffisamment documenté par d’autres.

 

Quoiqu’il en soit, ce texte pose 3 questions :

  • Quels non-dits se cachent derrière le qualificatif de rififi ?

  • Pourquoi cela est-il arrivé ?

  • Quels commentaires peut-on faire ?

 

Avant de répondre à ces questions je tiens, en forme de préambule, à dire aux lecteurs susceptibles de s’étonner de ma prise de parole qu’il m’a semblé qu’en qualité de fondateur de la Revue et rédacteur en chef pendant 29 années pleines mais surtout de la mémoire vivante de la Revue que je représente encore, il était légitime, voire de ma responsabilité, d’informer TOUS les lecteurs, contributeurs et associés au capital, anciens ou nouveaux, des faits pouvant mettre en péril la survie de la Revue ainsi que sa nécessaire indépendance vis-à-vis de tous pouvoirs et groupes de pression. La remarque qui précède étant faite, abordons les questions posées :

 


1/ À propos des faits récents survenus ces dernières semaines, il m’a été donné d’apprendre que :

 

  • Le CNCEJ, qui n’a aucun lien juridique avec la Revue, lui a demandé de ne pas publier un article sur la dématérialisation proposé à la rédaction par la Compagnie des experts architectes près la Cour d’appel de Paris, article dont le contenu n’était pas en adéquation avec son propre point de vue. Sans en informer la rédaction, les gérants de la Revue – dont le directeur de publication – l’ont purement et simplement fait retirer du numéro déjà en cours de fabrication chez l’imprimeur.

  • Dans le même temps, le CNCEJ a souhaité l’établissement d’une charte entre lui et la Revue, établissant au sein de cette dernière un comité de lecture où ces deux organismes siègeraient paritairement et décideraient ensemble de la parution des éditos et divers articles précédemment sélectionnés par la rédaction.

  • Plus grave encore, apparaissent des échanges de mail entre les gérants et le CNCEJ, demandant la démission de la rédactrice en chef, ainsi que son remplacement pour l’animation du 5e Symposium de la Revue qu’elle avait entièrement préparé, et ceci très peu de temps avant que cette manifestation intervienne.

  • Enfin il y a lieu de noter que l’actuel président du CNCEJ, qui était président d’une compagnie associée au capital de la Revue lors de sa récente élection au dit conseil, cumule aujourd’hui ces deux fonctions, ignorant je l’espère qu’il se met ainsi en situation de conflit d’intérêts.


2/ Les faits évoqués ci-dessus m’ont choqué mais pas surpris parce qu’ils sont la suite logique de périodes difficiles entre, d’une part le CNCEJ et avant lui la Fédération des compagnies d’experts judiciaires, et d’autre part la Revue EXPERTS, périodes que j’ai vécues quand j’étais en charge de cette dernière. Rapporter ces faits aujourd’hui donne sens à ceux qui se sont déroulés ces dernières semaines. Sans rentrer dans le détail il faut ici encore en rapporter l’essentiel :

 

Vers les années 97/98, la Fédération nationale des compagnies d’experts judicaires qui ne s’appelait pas encore le CNCEJ, dont les relations étaient déjà assez tendues avec la Revue, a publié un numéro de même facture que les nôtres avec la place Vendôme en première page de couverture ! Cette opération dont la volonté concurrentielle ne fait guère de doute n’eut pas de deuxième numéro, grâce à la médiation d’un esprit éclairé qui suggéra son remplacement par une Lettre trimestrielle plus propice à de bonnes relations entre les deux organismes en cause.

 

Le 13 février 2004, au terme d’un colloque organisé par la Revue en partenariat avec l’Université de Paris-Assas sur le thème  « Experts/Expertises : exigences communes et spécificités – Perspectives conjointes », il fût convenu après plusieurs mois de discussions entre les différents participants, experts judiciaires, publics et privés, de fonder un Observatoire de l’expertise ayant pour objet de développer une réflexion permanente sur l’expertise en tous domaines et sous tous aspects. Les statuts prévoyaient une présidence collégiale avec un représentant de chacune des trois familles expertales. Une assemblée constitutive eut lieu le 16 mai 2006 mais cet organisme ne réussit pas à prendre son envol faute de la constitution du directoire prévu, le CNCEJ exigeant en dernier ressort d’en assurer seul la présidence.

 

En 2012, à propos de l’Affaire Pennaroja, le président du CNCEJ demanda par téléphone au directeur de publication de la Revue que nos éditoriaux soient montrés au CNCEJ avant publication, ce que celui-ci refusa.

 

Enfin, en juin 2013, à l’occasion d’une réunion de conseil d’administration du CNCEJ, figuraient à l’ordre du jour les relations entre celui-ci et la Revue, assez problématiques à l’époque. Indirectement informé, j’ai demandé au président d’y être présent afin de pouvoir faire entendre nos arguments. Ceci me fut refusé ce qui m’est apparu fort surprenant dans un environnement où l’on met régulièrement en œuvre le principe du contradictoire.

 


3/ À propos des périodes « chaudes », anciennes et plus récentes, qui sont intervenues entre le CNCEJ et la Revue quels commentaires peut-on faire sur le fond ?

 

Concernant la Revue, il est clair que les gérants qui ont décidé seuls du retrait d’un texte l'ont fait, à titre amical, sous la pression du président du CNCEJ, et ont outrepassé leur rôle en s’immisçant dans le domaine réservé de la rédaction.

 

Concernant le CNCEJ, il est également clair qu’il a dans son génome un caractère hégémonique qui l’incite, de façon récurrente, à tenter de museler la Revue, voire d’en prendre le contrôle, officiellement ou par personne interposée. En outre, il faut noter que ses demandes pressantes sont intervenues au mépris de différents textes officiels visant la liberté d’expression et plus particulièrement celle de la presse, à savoir la loi de 1881, la loi n°2016-1524 du 14 novembre 2016 visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias, ainsi que la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

 

Pour clore ma réflexion, je dirais qu’il apparaît essentiel de confirmer l’indépendance de la Revue, et qu’il serait souhaitable de publier l’article de la CEACAP (Compagnie des experts architectes près la Cour d’appel de Paris), article censuré.

Mise à jour le Mercredi, 20 Décembre 2017 09:02